Pays du Mont-Blanc : Peillex croit en un revirement du gouvernement

Pays du Mont-Blanc : Peillex croit en un revirement du gouvernement

Si Jean-Marc Peillex relativise les conséquences de la fermeture des remontées mécaniques, il dénonce aussi une décision trop bien calibrée sur les intérêts de la Compagnie des Alpes*. Mais pour lui, rien n’est perdu…

Président de la communauté de communes du pays du Mont-Blanc (CCPMB), maire de Saint-Gervais et conseiller départemental, Jean-Marc Peillex revient sur les conséquences de la décision du gouvernement de maintenir la fermeture des remontées mécaniques jusqu’au 21 janvier.

Jean-Marc Peillex, quelle analyse faîtes-vous des conséquences de la décision du gouvernement sur l’économie du territoire ?

La première chose, à mon avis, est de dire que les commerçants sont beaucoup moins impactés que les sociétés de remontées mécaniques elles-mêmes. Souvenons-nous de ce que nous avons vécu il y a deux ou trois ans lorsque nous n’avions pas de neige en décembre…On a fait ce que l’on sait très bien faire dans notre région : on a fait autre chose. Il ne faut pas que l’on envoie aux gens qui souhaitent venir un message qui dirait que tout est fermé, qu’il n’y a rien à faire.

« Il y a une carte à jouer »

Vous essayez de positiver, en somme ?

On a l’impression que la crise de la COVID a effacé toutes les incertitudes sur le niveau d’enneigement. On réagit comme si nous étions sûrs et certains d’avoir de la neige dès le début de saison. Je dis cela parce qu’à l’époque où nous avons manqué de neige, les gens ont été heureux de découvrir que les stations pouvaient offrir autre chose que la seule pratique du ski. Et je n’oublie pas que j’ai déjà fait huit fermeture de cercueils à l’EHPAD de Saint-Gervais…

Pourtant, une manifestation était organisée à Megève le 30 novembre et elle a rassemblé beaucoup de professionnels inquiets. Notamment des restaurateurs…

Effectivement. La restauration est le secteur le plus touché après les remontées mécaniques. Pour les restaurants, cette crise est un vrai problème. On peut aussi se dire que c’est une occasion de développer la vente à en emporter qui est devenue une vraie tendance du moment. Il suffit de regarder le succès d’Uber Eats. Cela correspond aux attentes du consommateur et il y a une carte à jouer. Emmanuel Renaut l’a fait à Megève et je crois que c’est intéressant de se dire que l’on peut déguster un plat d’un tel chef chez soi.

« Nous ne sommes pas de grandes usines à ski »

Vous avez dénoncé l’influence de la Compagnie des Alpes dans la décision du gouvernement de ne pas ouvrir les remontées mécaniques avant janvier. Que voulez-vous dire?

Pour moi, la Compagnie des Alpes (CDA) a voulu préserver son chiffre d’affaires qui se réalise principalement à partir de février. La CDA réalise 15 % de son chiffre d’affaires à Noël contre 25 % pour nos stations. Il se trouve que nous sommes des stations qui accueillons un public familial et que nous ne sommes pas de grandes usines à ski comme La Plagne ou Tignes; pour nous, la période de Noël est importante. Sur le plan financier, je comprends la logique de la CDA : fermons en décembre pour ne pas risquer d’avoir à le faire en février. Sauf que cette décision est prise au mépris du droit à la différence entre les territoires.

Vous plaidez donc contre une approche globale ?

J’avais proposé que l’appréciation soit laissée aux Préfets qui connaissent leurs territoires. Mais ce que je reproche, c’est surtout qu’on n’a pas mis toutes les cartes sur la table.

C’est-à-dire ?

On joue le chiffre d’affaires de Noël contre celui de février ? Très bien, mais alors jouons cartes sur table. Dominique Marcel, le PDG de la CDA, a annoncé ce matin (30 novembre) sur France Bleu qu’il mettait plus de 3 000 de ses salariés au chômage partiel alors qu’une réunion était prévue avec le Premier ministre le matin même… C’est bien qu’il connaissait déjà la décision ! Je me demande maintenant si M. Marcel, qui touche 400 000 euros par an pour diriger un groupe semi-public, sera quant à lui mis au chômage partiel.

« Je n’ai pas encore fait mon deuil du début de saison »

Justement, après la réunion de ce matin faut-il faire son deuil du début de saison hivernale ?

Je n’étais pas à la réunion avec le premier ministre car il semble qu’on ne me juge pas assez bon pour être convié. De ce qu’on m’a dit, il semblerait que le premier ministre ait proposé une clause de revoyure dans dix jours. S’il propose de reparler de la question, c’est qu’une évolution est encore possible. Encore faudrait-il que notre point de vue soit correctement défendu… En tout cas, moi, je n’ai pas encore fait mon deuil du début de saison.

Entretien réalisé par Julien Berrier

*la Compagnie des Alpes est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations (institution financière publique). Elle se présente comme le « leader mondial de l’exploitation de domaines skiables » (854 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019). Elle gère 24 sites de loisirs dont 11 domaines skiables (dont Les Arcs, Peisey-Vallandry, La Plagne, Tignes, Val d’Isère, Les Menuires, Méribel Alpina, Les 2 Alpes, Serre Chevalier, Flaine, Samoëns, Morillon, Sixt-Fer-à-Cheval) et 13 parcs de loisirs (dont Parc Astérix, Futuroscope, Walibi Rhône-Alpes, Walibi Belgium et Aqualibi, Walibi Holland, France Miniature, Bellewaerde et Familypark). Elle se présente aussi comme « actionnaire principal de Chamonix et Megève (via La Compagnie du Mont-Blanc) ».

 

 

 

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