Sallanches : le spectacle redémarre à la salle Curral

Sallanches : le spectacle redémarre à la salle Curral

C’est reparti pour la salle Léon Curral qui a débuté la saison 2020-2021 le 29 septembre. Une saison forcément un peu particulière après six mois de fermeture en raison de l’épidémie. Cécile Legrand-Villardière, directrice du centre Culturral, fait le point.

Nora Hamzawi joue enfin à Sallanches. Vendredi 9 octobre, l’humoriste est attendue pour jouer un spectacle qui aurait dû se tenir le 13 mars sans l’épidémie et les mesures sanitaires. Au total, six spectacles de la saison précédente ont été reportés et figurent au programme de la saison 2020-2021. Une saison forcément particulière. La directrice de la salle explique.

Cécile Legrand-Villardière, comment avez-vous géré la crise sanitaire ?

Nous avons dû annuler 6 spectacles qui se tenaientt après le 13 mars. On savait que la saison serait compliquée à maintenir. En fait, soit on reportait les spectacles soit on les annulait. Le maire a décidé de tout reporter; c’était important de savoir que les spectacles pourraient retrouver leur public.

Vous avez pu trouver une date pour les six spectacles ?

En mars, 90 % de la saison 2020-2021 étaient calés, cela a donc été un gros travail. A part un spectacle, on a réussi à confirmer tout ce qui était prévu. Il y a aussi deux autres spectacles annulés par les organisateurs.

Compte tenu de la crise sanitaire, dans quelles conditions le public peut assister aux spectacles ?

Jean Castex a annoncé que la distanciation physique était supprimée dans les salles de spectacles quand elles n’étaient pas en zone rouge, ce qui est notre cas aujourd’hui, mais que le port du masque est obligatoire pendant les représentations.

« Si on passe au rouge… »

Cela veut dire que vous conservez votre jauge ?

Alors… Quand on voit ça, on se dit « c’est super » sauf que si on passe au rouge, on doit mettre en place la distanciation physique. Ce que nous avons fait pour anticiper un éventuel passage en rouge, c’est de bloquer toutes les jauges à 70 %. Là, tous les spectacles sont bloqués à 70 % et les places qui n’ont pas été reprises pour Nora Hamzawi n’ont pas été remises en vente tout suite.

Cela change tout de même les choses…

La difficulté qu’on va rencontrer, c’est que les gens ont des places numérotées. Donc si on met la distanciation physique, on fait sauter cette numérotation et c’est nous qui allons devoir placer les gens en fonction de combien ils sont. Les gens peuvent venir en famille, entre amis, par groupe maximum de 10. Donc on ne peut pas prévoir par avance. On s’est dit qu’on ouvrirait la salle beaucoup plus tôt et on assurera au coup par coup. Cela nécessitera plus de bénévoles et la présence de l’équipe.

Et d’un point de vue financier ?

Il est évident qu’on va perdre de la billetterie. Surtout qu’on a un taux de remplissage de 85 à 90 % sur toute la saison, donc les recettes de billetterie pèsent quand même dans le budget. Mais on a la chance d’être au service d’une commune. La mairie n’est pas comme une entreprise qui se dit « si je ne rentre pas 2 000 euros de billetterie je rate ma soirée ». C’est l’avantage pour les salles subventionnées. C’est plus difficile pour les producteurs privés, qui sont organisateurs de tournées, car leur économie tient vraiment là-dessus. Nos collectivités assumeront ça un temps mais je ne pense pas qu’il faudrait que ça dure dix ans…

« De l’adaptabilité et de la souplesse »

On a le sentiment qu’il y a beaucoup d’incertitudes ?

On a dans ce milieu l’habitude de travailler en se projetant beaucoup : un an, six mois… Tout est calé en amont. Et là, cette crise nous impose de travailler à la petite semaine. C’est une épée de Damoclés en permanence. Je l’ai dit à l’équipe : cette saison je la place sous le signe de l’adaptabilité et de la souplesse. On ne va pas avoir le choix.

Dans ce contexte, comment se prépare la saison suivante ?

Aujourd’hui je n’arrive pas à me projeter sur 2021-2022. On ne sait tellement pas comment on va la vivre, je me dis que je ne vais pas caler de nouvelles choses alors que je ne sais pas si je ne devrais pas reporter des spectacles de 2020-2021. Et ça, c’est quelque chose de nouveau dans notre métier. Alors on va trouver des astuces; j’ai des collègues qui ont décidé de faire deux plaquettes de saison, une par mi-saison. Je vais peut-être confirmer l’option prise sur un spectacle un peu plus tard. Les annulations étaient quelque chose de très rares dans notre métier; c’est devenu quotidien d’y penser.

Dans ce contexte, les artistes attendent beaucoup du soutien des salles publiques. Vous devez être sous pression ?

On l’était déjà avant. Nous sommes très sollicités par les diffuseurs. Il y a un nombre énorme en France de spectacles et de groupes par rapport à la capacité d’absorption des salles. Je reçois parfois jusqu’à cinquante mail par jour de propositions de spectacles. Forcément, dans le contexte, il faut qu’on ait un regard particulier sur les compagnies de notre territoire. Pour moi, c’est la priorité. C’était déjà notre logique de dire « les soutiens que l’ont fait à la création sont pour les compagnies de Haute-Savoie ou d’Auvergne-Rhône-Alpes« ; là, pour moi, ça prend encore davantage d’importance.

« Une ligne à tenir »

Quel sera l’impact sur la programmation ?

De toute manière on a un projet artistique avec une ligne à tenir. On ne va pas accueillir des projets pour faire plaisir à des compagnies. On aura encore de gros spectacles évidemment.

Cette saison, Alain Souchon jouera pour la première fois à Sallanches. Pourquoi ce choix, par exemple ?

Alain Souchon tournait sur cet album. C’est peut-être la dernière tournée, son album a reçu une Victoire de la musique… Il y a plusieurs générations qui viennent… La programmation c’est quelque chose d’objectif et de subjectif; objectif par rapport à la ligne que l’on doit suivre, subjectif par rapport à l’artiste qu’on choisit. Quand j’ai informé le maire que l’on pouvait avoir Alain Souchon, il me dit « tu y vas » et c’est celui-là qu’on va faire. Et voilà, je n’en ai pas regardé d’autres. Là, sur notre jauge de 70 %, c’est complet.

Alain Souchon en concert le 27 mars 2021 (Photo : © Nathaniel Goldberg)

Avec quels moyens mettez vous en place cette programmation ?

Nous proposons 32 spectacles sur un budget d’achat de moins de 200 000 euros. Il est évident que pour lancer un projet municipal de spectacles vivants, il faut une collectivité qui ait conscience qu’on doit mettre les moyens financiers au-delà d’une salle. On a créé ce projet-là il y a sept ans. Il est monté en flèche et on a la chance d’avoir un public qui a répondu. Cela nous a permis de pouvoir jauger rapidement ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire. Les premières saisons, j’ai testé des choses et là on arrive à des projets qui sont assez éclectiques.

Justement, quels sont les critères de choix de spectacles ?

La faculté d’un spectacle est de réunir des jeunes, des enfants, des familles. On tient compte aussi des spectacles plus grand public; des spectacles qui ont reçu un Molière, une victoire de la Musique, qui ont eu un écho médiatique et qui vont nous attirer un public qui ne viendrait pas forcément sur les autres dates.  Ensuite, quand on présente « Ubu roi », on s’adresse à des gens qui ont une certaine exigence en matière de théâtre et du texte qui sera proposé. Et on ne veut pas que ces gens se sentent exclus du projet parce qu’il est grand public. On est un service public, on doit s’adresser au plus large public.

Depuis sept ans, avez-vous constaté une évolution du public sallanchard ?

Oui. Au théâtre, je me suis assez vite aperçue que ce n’était pas les spectacles où l’on faisait le plus de monde. Il fallait aussi qu’on amène le public au théâtre. On est parti d’adaptation de choses assez académiques et une fois qu’on a réussi ça, c’est le moment d’amener un comédien qui a écrit son texte que le public ne connaît pas mais il vient par effet de confiance. On n’aurait pas fait « Ubu roi » il y a sept ans. C’est comme la danse; il faut qu’on soit vigilant car il y a des spectacles très exigeants et on n’a peut-être pas le public pour ça.

« Ubu roi » d’Alfred Jarry (Photo : Raphael Arnaud)

« De très très bons chiffres »

Comment se passe la vente des billets ?

On n’est pas mal. Là, on est à plus de 700 abonnés contre 1 000 l’année dernière. Et on a ouvert qu’au 1er septembre contre juin l’an dernier. On en aura peut-être un petit peu moins par rapport à la crainte du contexte sanitaire mais on est dans de très très bons chiffres. On sent que les gens étaient impatients.

La saison 2020-2021 :

Brochure-Culturral-2021-dp

 

 

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