Sallanches : les salariés de Dynastar ne veulent pas lâcher

Sallanches : les salariés de Dynastar ne veulent pas lâcher

Les salariés de Dynastar ont organisé ce matin, lundi 19 octobre, une nouvelle manifestation pour protester contre le licenciement annoncé de la moitié du personnel de l’usine. A la veille d’une réunion capitale, ils entendent maintenir la pression.

Les salariés manifestent

Depuis un mois et l’annonce du licenciement de 61 des 124 salariés de l’entreprise sallancharde, les ouvriers de l’usine Dynastar ont entamé un bras de fer avec la direction du groupe Rossignol. Ce matin, lundi 19 octobre 2020, une cinquantaine d’entre eux était mobilisée pour tenter d’empêcher le départ d’une livraison vers le site espagnol du groupe.

« Nous avons appris qu’une navette devait partir en urgence vers l’Espagne. Notre objectif était de la bloquer mais la direction a pris les devants et la navette a été annulée », explique Alain Clergeaud, délégué syndical CGT.

A l’intérieur de l’usine, la production s’est arrêtée sous l’effet du débrayage des salariés.

« Concrètement, c’est notre deuxième jour de grève », précise Carlos Cardoso, secrétaire du CSE de l’entreprise, en première ligne dans les négociations. « La direction refuse de négocier avec la représentation syndicale. Tout se passe dans le cadre du CSE », raconte M. Cardoso.

L’action s’est ensuite poursuivie par un barrage filtrant avenue de Genève. Une opération qui s’est déroulée dans le calme.

Les objectifs de la négociation

La manifestation intervient à la veille d’une réunion de négociation jugée capitale par les représentants des salariés.

« C’est une réunion importante dans le cadre de la préparation du plan social. La direction souhaite aborder dès maintenant l’aspect social mais nous ne sommes pas d’accord. Avant de clore le volet économique de la négociation, nous demandons des informations supplémentaires. Pour l’instant, on nous donne des chiffres sur les années 2015, 2016, etc. Nous, nous voulons les informations pour l’année 2020 », insiste Alain Clergeaud qui espère encore obtenir le maintien sur site de quelques emplois supplémentaires. « Notre objectif est de sauver un maximum d’emploi. »

Pour Carlos Cardoso, l’objectif est surtout d’offrir les meilleures conditions de départ possibles aux 61 salariés visés par le plan social.

« On ne veut pas de reclassement. Entre la crise sanitaire et la crise économique qui se profilent, le contexte est difficile. Qu’est-ce que ça veut dire un reclassement dans ce contexte ? Ce que l’on souhaite, c’est l’attribution d’une prime supra-légale mais pour l’instant la direction refuse de négocier sur ce point. »

S’il semble qu’une part des départs seront volontaires, la négociation porte aussi sur les critères proposés par la direction pour « sélectionner » les salariés licenciés.

« Il y a des critères d’ordre professionnels et d’autres personnels. Cela tient compte des compétences techniques ou encore de la taille des familles par exemple. Et nous ne sommes pas d’accord sur l’ensemble de ces critères », explique M. Cardoso. Chef d’équipe usinage, Anthony explique : « Les directeurs me tapent dans le dos en me disant : « T’inquiètes pas, l’usinage ne sera pas touché »; la vérité, c’est qu’on n’en sait rien. » Et Carlos Cardoso d’insister: « On est encore là et nous sommes toujours mobilisés. »

« Septième plan social »

Né du choix stratégique de déplacer la production vers le site d’Altès en Espagne, le plan social s’inscrit également dans un cycle long de déliquescence du site sallanchard.

« Je suis entré dans l’entreprise en 1998 et à l’époque nous étions 600 salariés contre 124 aujourd’hui. Nous en sommes au septième plan social », rappelle Carlos Cardoso.

Ce dernier plan social vise à restructurer le groupe dans un contexte de crise de la vente de skis (-25 % de commandes par rapport à 2019 pour Rossignol) tout en baissant ses coûts (15 millions d’économies espérées).

« A chaque plan social, on nous explique qu’il s’agit de sauver des emplois mais il y a toujours plus de licenciements », souligne amèrement Alain Clergeaud. Employé à la sérigraphie, Hugo souligne l’absurdité de la situation : « Au fond, ce qui me dérange c’est qu’on ne supprime pas les emplois, on les déplace. Et ça, c’est abuser de nous. » Et Carlos Cardoso d’ajouter : « J’ai le sentiment que nous sommes dirigés par des financiers qui n’ont que des objectifs financiers. »

2009, le combat de référence

Alain Clergeaud

Le site sallanchard a en effet vécu au rythme des péripéties traversées par la marque Rossignol liée à Dynastar depuis 1967. En 2005, Rossignol est racheté par Quicksilver avant d’être cédé trois ans plus tard au fonds d’investissement Macquarie qui engage aussitôt un douloureux plan de restructuration. Cela se traduit par 200 licenciements en France dont 90 sur le site sallanchard. A Sallanches, les salariés multiplient alors les manifestations pour ce qui reste probablement le mouvement social le plus marquant des années 2000 sur les bords de la Sallanche.

« C’était hard », souffle Carlos Cardoso. Pour Alain Clergeaud, « nous nous sommes battus et nous avons obtenu de bonnes conditions. Le mouvement de 2009, c’est notre référence. »

La restructuration semble payer; une ligne de production taiwanaise est relocalisée à Sallanches et le groupe engage des investissements pour moderniser l’usine sallancharde (et l’usine espagnole d’Altès). En 2014, Rossignol passe sous le contrôle du fonds d’investissement norvégien Altor qui entend développer une nouvelle stratégie. Le groupe diversifie sa production vers le textile ou le cyclisme mais la vente de skis représente encore une large part de l’activité (70 % du chiffre d’affaires dépendent de l’équipement sports d’hiver).

Le coeur de Sallanches

Si la restructuration proposée par le groupe prévoit la création de postes vers le service aux clients (9 postes), la charge symbolique est forte.

« Dynastar, c’est le coeur de Sallanches. Regardez autour de vous, c’est le quartier de Vouilloux. Tous ces logements ils ont été bâtis pour héberger les salariés de Dynastar », rappelle Alain Clergeaud employé comme son frère depuis plus de 35 ans dans l’usine.

Une usine qui tient au coeur de tous les habitants de la vallée.

« Participer à la production des derniers skis français, travailler dans cette usine, je le vis comme un grand honneur », souligne Anthony. « On va perdre un savoir-faire. Et quand un savoir-faire disparaît, on ne le retrouve jamais », conclut Carlos Cardoso. Et de confier son dégoût : « Je vais au bout de ce combat avec les collègues et après je m’en vais quoiqu’il arrive. Je n’y crois plus, je n’arrive plus à y croire. »

Julien Berrier

 

 

 

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